Le cœur un peu lourd ce jour là,

une bobine de nylon dans la poche,

une pierre sous un arbre attire mon attention.

Un geste simple que je répéterais de nombreuses fois.

La pierre s'envole...

Trois gamins du quartier s'approchent intrigués,  petits yeux ronds tout ouverts.

"Monsieur, pourquoi vous faites ça?"

"J'allège mon cœur en suspendant cette pierre"

"Mais monsieur, ça sert à rien, on va vous la voler la pierre !"

"Voler la pierre ??! mais voyons on est en train de marcher dessus"

 Ils sont repartis en riant comme des petits diables,

quand a la pierre, elle est restée suspendue plusieurs semaines,

attendant l'office de la gravité.

 

Marseille, juin 2004

J’entends par transfiguration, l’action de donner à voir un élément dans sa seconde nature. Une nature sublimée, dégagée des rapports relatifs de taille et de masse, en somme de sa réalité. Le travail de transfiguration est un travail de suspension révélé par la photographie, s’appuyant principalement sur la notion de point de vue du sujet. Les éléments sont sélectionnés in-situ et de- meurent sur les lieux de l’installation

Le mot «chaise» vient du latin «Catherda» signifiant siège, banc, chaire de professeur et trône. Objet de l’Homme pour l’Homme dont les significations ont évoluées tout au long de son histoire, la chaise demeure un symbole de pouvoir jusqu’au XIX siècle ou la technique et l’industrialisation de masse la démocratise.

 

Témoin d’une dimension spatiale, la chaise représente au regard de son concept, un simulacre «d’état de pause».  L’Homme assit entre la terre et le ciel n’est plus tout à fait en mouvement. Le corps se situant dés lors entre deux limites spatiales (se soulageant par ailleurs de l’irrésistible attraction de la gravité), un état entre les états, faisant naître un sentiment de repos propice à «l’éveil» de l’esprit.

 

Nous nous asseyons «généralement» pour manger, écrire, lire, ou encore apprécier un spectacle. Mais aussi à l’école, à la terrasse d’un café, au bureau, à l’église...

 

«Cathedrae» tente de redéfinir l’existence de cet objet singulier en brisant la fonction pour laquelle il a été conçu, ouvrant ainsi une réflexion poétique sur notre relation au monde sensible qui nous entoure.

Le mot symbole issu du grec «Sumbolon» ou «Symbolon», connait différentes définitions selon les époques, les cultures et les emplois.

En tant que concept, le symbole est défini au sens commun comme une représentation pensée chez un individu ou un groupe.

Le symbole peut-être une image, un son, une forme, ou encore un mot. Il peut aussi prendre l’apparence d’un objet.

Pour reprendre Descartes et donner une définition de l’objet «Ce qui est pensé ou représenté par l’esprit, indépendamment de toute réalité lui correspondant et du sujet ou de l’acte par lequel il est pensé ou représenté».

Si l’on s’en tient à cette définition, en aucun cas un objet constitue à lui seul l’essence symbolique que nous pouvons lui attribuer. On pourrait alors évoquer une forme «d’interaction»  entre ce qui appartient au réel et ce qui ne lui appartient pas, finalement de dissocier le concept de l’objet.

 

La série «Symbolon» propose d’ouvrir une réflexion sur les «interactions du concept de symbole» au regard de son réceptacle qui le fait exister, l’objet.

Finalement, que représente ou plutôt que nous raconte la part symbolique d’un objet à partir de l’instant où sa représentation sensible tend à disparaitre?

 

Un pot de terre fragmenté, image d’une nature domptée, ne jouant de fait plus son rôle de réceptacle est-il encore porteur de sa symbolique associée?

 

Si l’on considère l’existence d’une interaction, alors le concept, dépossédé du masque de la réalité, nous amène à une relecture libérée, voire éclairée de notre rapport au monde sensible.